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Parijse verhalen & Histoires leydoises – De l’intérêt des apparences – le livre et sa couverture

Depuis le Burcht (à prononcer comme un long raclement de gorge), vous aurez une vue imprenable sur la ville de Leyde. Cette forteresse circulaire fièrement dressée sur sa colline artificielle remonte à l’an mil où elle était d’abord en bois. Maintes fois restaurée au cours des siècles, elle est aujourd’hui un haut lieu pour les rendez-vous amoureux et les dresseurs de Pokémons.

Deux rues plus loin, en face de l’église Saint-Pancras, vous trouverez la plus ancienne demeure de la ville jamais datée. Elle abrite l’American Pilgrim Museum, dont les collections illustrent la culture matérielle leydoise entre le Moyen Âge et le XVIIe siècle. Les visites se font en petit comité et au fil de la conversation. J’aime la variété des rencontres qui s’y déroulent. Tout le monde apporte ses questions ; le directeur et fondateur du musée Jeremy Bangs et moi-même tentons d’y répondre. Avouons-le, je reste parfois désemparée devant leur précision, leur complexité ou bien leur extravagance. J’ai pourtant rarement vu Jeremy sécher ; tellement d’histoires et d’anecdotes nourrissent ses réponses. Certaines personnes partent sur les traces d’un ancêtre (beaucoup d’américains passionnés de généalogie nous rendent visite), d’autres sont amateurs d’histoire ou de théologie. D’autres encore découvrent seulement en visitant le musée que les Pilgrims, connus pour leur célébration du premier Thanksgiving en Nouvelle Angleterre où ils ont installé leur colonie en 1620, ont vécu à Leyde avant d’embarquer pour l’Amérique.

Xylogravure du ‘Burcht’ de Leyde. Photo: S. Moine

Parmi tous les objets, l’un de mes petits préférés est un livre contenant l’une des plus anciennes représentations du fameux Burcht. Cette xylogravure illustre une histoire des Pays-Bas publiée en 1612 qui débute avec une description de Leyde (Beschrijvinhe van Out Batavien met de Antiquiteyten van dien (…), Arnhem, Jan Jansson). Un pan de l’histoire de la ville y est imprimé noir sur blanc, mais ce n’est pas le seul intérêt historique de l’ouvrage.

Photo: S. Moine

« Ne jugez pas un livre par sa couverture », nous dit-on. Et pourtant, que ne nous enseigne-t-elle pas, cette couverture ! Au XVIIe siècle, les librairies vendent leurs ouvrages sans reliure, et la solution la plus économique est de les habiller d’une simple couverture de papier. Certains plient un vieux bout de cuir autour, mais vous pouvez également vous rendre chez un relieur qui vous fabriquera une protection personnalisée et créera ainsi un objet unique. Un cuir sombre au décor en relief recouvre les plats de notre histoire des Pays-Bas. Les ornements géométriques sont rythmés par l’apposition de médaillons tamponnés dans le cuir. Ces derniers représentent des portraits de théologiens, protestants ou inspirateurs de la Réforme : Erasme, Jan Hus, Calvin, etc. Ce détail, assez émouvant, nous rappelle le caractère intime d’un tel objet et nous rapproche un peu de son propriétaire. Un seul et même livre nous parle donc d’une histoire personnelle et d’une histoire nationale.

Ce n’est qu’un objet parmi beaucoup d’autres au musée, chacun avec une histoire différente : de l’encyclopédie tristement vandalisée pour ses gravures topographiques à l’ouvrage catholique dont la couverture est un manuscrit du XVe siècle recyclé. Le musée a en effet une jolie collection de livres. Pour 2020, 400e anniversaire du départ du Mayflower pour l’Amérique, une exposition s’organise d’ailleurs autour de la vie intellectuelle des Pilgrims à Leyde, dans laquelle les livres tiendront une place centrale.

Le carillon de l’hôtel de ville de Leyde, qui résonne au-dessus de ses toits depuis la fin du XVIe siècle, peut vous surprendre à jouer un air des Bee Gees. Ce délicieux mélange de passé et de présent s’observe partout dans la ville ; d’anciennes églises sont converties en salle de sport ou de billard, le givre sur les arbres et les canaux gelés vous plongent instantanément dans une peinture d’Avercamp. Mais pour voyager presque physiquement dans les siècles précédents, il vous faut passer la porte de l’American Pilgrim Museum, où je travaille chaque semaine et dont je n’ai pas fini de vous parler.

Groetjes en tot later !
Sarah